Bien se soigner sans ordonnance

Automédication

Bien se soigner sans ordonnance

Longtemps, médecins et pharmaciens nous ont expliqué qu'il était dangereux de se soigner seul. Aujourd’hui, l'automédication est désormais promue au rang de comportement responsable mais elle n’est pas sans danger : nos conseils pour limiter les risques.

> OuvrirPourquoi recourir à l'automédication ?

L’automédication, qu’est-ce que c’est ?

 

L'automédication consiste à acheter un médicament sans ordonnance ou à puiser dans l'armoire à pharmacie familiale.

Une démarche à réserver aux médicaments dont la toxicité est modérée, les risques liés au surdosage ou à l’emploi prolongé faibles et dont l'utilisation ne nécessite pas a priori un avis médical.

 

Pourquoi l'Assurance Maladie encourage l'automédication ?

 

L'objectif de l'Assurance maladie est de réduire les dépenses de la Sécurité sociale mais aussi de nous faire gagner du temps et de désengorger les cabinets médicaux.

> OuvrirL'automédication peut-elle être contre-indiquée ?

Le traitement doit être court

 

Pour le Pr Queneau, spécialiste de thérapeutique et membre de l'Académie de médecine : "La durée de traitement doit être de quelques heures, voire de quelques jours, pas plus. (…) Le risque d'accident thérapeutique augmente avec la durée."

 

C’est avant tout une affaire de bon sens : soigner une verrue ou un bouton de fièvre par une application locale nous fait prendre moins de risque qu'ingérer de l'aspirine à répétition en cas de douleur tenace. 

Dans tous les cas, si le problème ne disparaît pas rapidement, il faut s'en remettre à un avis médical.

> OuvrirEn cas de doute ou de persistance des symptômes, consultez

Une douleur est avant tout un signe d'alerte à décrypter.

 

Les médecins, et surtout les pédiatres, conseillent, par exemple, de ne traiter une fièvre avec un médicament que si elle ne peut être maîtrisée autrement (bain tiède, repos, port de vêtements légers…) et qu'elle génère un réel inconfort.

 

Pour les simples rhumes, le dicton "guéri en huit jours avec un traitement et en une semaine sans" ment rarement. 

 

Sauf traumatisme léger identifié, une douleur en apparence banale, nouvelle, inhabituelle, même de faible intensité, impose de consulter.

 

Femmes enceintes et enfants : prudence !

 

Pour les femmes enceintes ou qui allaitent, mieux vaut consulter car les substances actives passent dans le placenta et le lait maternel. 

 

La plus grande prudence s'impose aussi pour les nourrissons et les jeunes enfants, plus vulnérables, et qui ne peuvent pas décrire ce dont ils souffrent.

> OuvrirAttention aux mélanges explosifs !

Chaque année on décompte un grand nombre de victimes d'accidents consécutifs à la prise de médicaments.

 

Certains traitements sont incompatibles entre eux, d'autres interfèrent avec l'alcool ou un aliment : les effets s'ajoutent, se multiplient ou s'annulent. 

 

Entrent en compte la molécule utilisée, son dosage, sa  forme et même le moment où elle est ingérée (à jeun ou non, matin ou soir, avant ou pendant les repas).

 

Attention notamment à l'association d'alcool avec un antidépresseur, un antimycose, de l'aspirine ou un antihistaminique ; ou encore la prise conjointe de pamplemousse avec un traitement contre l'hypertension, le cholestérol ou un somnifère.

 

Parmi les mélanges les plus risqués :

  

  • Aspirine + anti-inflammatoires (Ibuprofène).

  • Aspirine + anticoagulants (antivitamine K).

  • Benzodiazépines (Lysanxia, Lexomil…) + barbituriques (Kaneron, Gardenal…).

  • Millepertuis + médicaments contre les troubles du rythme cardiaque (Digoxine, Warfine).

 

> OuvrirLisez attentivement les notices

Redoublez de vigilance quand figure la mention Lp pour " libération prolongée ", à la suite du nom du médicament : les effets peuvent alors perdurer de 12 à 24 heures et vous risquez de vous retrouvez en surdosage à la prise suivante !

 

Attention aussi à l'addition de principes actifs : "Un patient utilisant un anti-inflammatoire prescrit par son médecin, et qui y ajoute une aspirine contre un mal de tête, puis un antalgique, type Advil ou Nurofen (conseillés contre la douleur mais qui sont en fait des médicaments de la même famille) cumule ainsi une triple dose d'anti-inflammatoires ! Il augmente ainsi son risque d'hémorragie." 

 

La parade consiste à lire la notice avec soin et à demander conseil au pharmacien au moindre doute. Aucun laxatif, collyre ou sirop n'est anodin.

> OuvrirLes signes d'alerte

Si vous constatez l'un des signes suivants après avoir démarré un traitement, appelez le 15 (SAMU) ou le 112 (n° d'urgence européen).

 

  • somnolence, fatigue inhabituelle

  • malaise, vertige, étourdissement, chute

  • nausées

  • crampes ou douleurs musculaires

  • douleur résistant aux antalgiques simples, notamment au ventre, thorax, tête, cou. Elles peuvent être un signe d'infarctus, d'accident vasculaire cérébral ou d'embolie pulmonaire

  • saignements

  • fièvre intense ou qui dure

> OuvrirUtilisez vos médicaments, pas ceux de vos proches

Le Pr Patrice Queneau insiste sur le risque qu'il y a à utiliser un traitement prescrit à un proche et vendu uniquement sur ordonnance. Car un médecin le choisit en tenant compte de l'histoire médicale de chacun, de sa constitution, de son style de vie.

 

Seniors, soyez vigilants !

 

Plus on avance en âge, plus on est vulnérable. À 75 ans, les reins mettent deux fois plus de temps à filtrer et éliminer une molécule qu'à 30 ans.

 

Les effets indésirables des médicaments, deux fois plus fréquents et plus sévères après 65 ans, expliquent jusqu'à 20% des hospitalisations après 80 ans ! Par exemple, la sensibilité aux psychotropes est plus marquée ce qui augmente le risque de chutes et diminue la capacité de concentration, la vigilance…

 

"En cas de problème d'endormissement, plutôt que de prendre un somnifère ou un antidépresseur sans avis médical, mieux vaut essayer une spécialité à base de plantes", insiste le Pr Patrice Queneau.

> OuvrirArmoire à pharmacie, mode d'emploi

  • Conserver les médicaments au sec (en évitant la salle de bains) et à l'abri de la lumière.

  • Garder les médicaments de premiers soins ou adaptés à des problèmes de santé récurrents dans leur emballage d'origine avec leur notice.

  • Jeter les résidus d'antibiotiques, les collyres entamés au-delà de la période recommandée (de deux à quatre semaines).

  • Trier deux fois par an afin d'éliminer les produits périmés, à rapporter au pharmacien. Cela évite d'en retrouver les reliquats dans l'environnement et la chaîne alimentaire.

> OuvrirAutomédication : 7 conseils à retenir

  • 1. Je demande l'avis de mon pharmacien à l'achat et je signale tous mes traitements y compris compléments alimentaires, produits dentaires, phytothérapie…

  • 2. J'utilise des médicaments disponibles sans ordonnance ou qui m'ont été prescrits personnellement. 

  • 3. J'évite les associations et je vérifie que je ne prends pas des médicaments de la même famille.

  • 4. Je lis la notice et je respecte la posologie. 

  • 5. Je me limite à un traitement court, de quelques heures à quelques jours.

  • 6. Je consulte en l'absence d'amélioration et en urgence si mon état s'aggrave. 

  • 7. Je bois beaucoup d'eau, la déshydratation accentuant la concentration en produits actifs. J'évite l'alcool qui modifie l'efficacité du traitement et augmente les risques.

     

     


    Article signé Agnès Bodechon et Agnès Duperrin
    Crédits photos: Garo/Phanie

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